Un panache de fumée s'élève le 1er août 2026 à Kiev, à la suite d'une attaque russe de missiles balistiques ( AFP / Sergei SUPINSKY )
Au moins dix personnes ont été tuées samedi dans Kiev et sa région lors d'une nouvelle attaque de missiles balistiques russes, au moment où le le président américain Donald Trump tergiverse sur l'autorisation donnée ou non à l'Ukraine de produire des missiles antiaériens Patriot pour les intercepter.
La Russie et l'Ukraine ont fait monter en puissance leurs frappes à longue portée ces dernières semaines, ciblant des infrastructures pétrolières, des entrepôts logistiques et des navires cargo en mer Noire et faisant un nombre croissant de victimes civiles.
Ces frappes se multiplient alors que la situation évolue lentement sur le front, les deux armées s'opposant pour le contrôle des dernières villes du Donbass, l'est industriel de l'Ukraine que Moscou s'est donné pour objectif de conquérir. Les efforts de médiation diplomatique initiés par les Etats-Unis sont au point mort depuis fin février.
Au total, la Russie a tiré 35 missiles et 185 drones d'attaque sur l'Ukraine au cours de la nuit, dont deux missiles et 154 drones ont été interceptés, selon l'armée de l'air ukrainienne.
Des journalistes de l'AFP ont entendu plus de 10 explosions consécutives tôt samedi matin, déclenchant les alarmes des voitures dans les rues.
Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des volutes de fumées des incendies provoqués par les frappes, qui ont fait neuf morts et une trentaine de blessés dans la capitale et un mort et trois blessés dans sa région, selon leurs autorités respectives.
"Explosions terrifiantes"
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui plaide depuis des mois pour que les Occidentaux fournissent davantage de systèmes de défense antiaérienne à son pays, a fait état d'un manque de moyens pour contrer les missiles balistiques russes, difficiles à neutraliser.
"C'est précisément cette pénurie de missiles intercepteurs balistiques qui n'encourage que davantage la Russie à lancer de telles attaques qui coûtent des vies humaines", a affirmé M. Zelensky sur X.
Selon une analyse AFP des rapports quotidiens de l'armée de l'air ukrainienne, la Russie a tiré un nombre record de 376 missiles sur l'Ukraine au cours du mois de juillet, plus de double du total de juin.
Le ministère russe de la Défense a affirmé avoir visé à Kiev et dans sa région au cours de la nuit "des entreprises du complexe militaro-industriel et des centres logistiques en Ukraine".
Les autorités de la capitale ukrainienne ont elles rapporté que parmi les bâtiments endommagés figurent un site administratif, un immeuble résidentiel et l'ambassade de Lituanie. L'Ukraine ne communique jamais sur les dégâts causés aux installations militaires.
"Dès que l'alarme s'est déclenchée, j'ai juste eu le temps de sortir dans le couloir, jusqu'à l'entrée, et ça a commencé à trembler. Même le linoléum s'est soulevé", a dit à l'AFP Kateryna Kravtchenko, 75 ans, une habitante de Kiev.
Oksana a raconté avoir entendu des "explosions vraiment terrifiantes". "Ensuite le verre s'est mis à tomber comme la pluie, les gens ont commencé à sortir, et les explosions continuaient", a-t-elle dit.
"Besoin urgent"
"L'Ukraine a un besoin urgent de systèmes supplémentaires de défense antiaérienne et antimissile, ainsi que d'intercepteurs. La rapidité des décisions et des livraisons est cruciale", a écrit samedi sur X le chef de la diplomatie ukrainienne Andriï Sybiga.
Photo montrant un cratère creusé par une frappe de missile russe, le 1er août 2026 à Kiev ( AFP / Genya Savilov )
L'Ukraine réclame de longue date notamment de nouveaux missiles Patriot américains, mais les pénuries ont été aggravées par la guerre isréaélo-américaine contre l'Iran lancée fin février.
Le président américain Donald Trump, qui avait exprimé début juillet sa volonté d'autoriser l'Ukraine à produire des missiles Patriot pour pallier aux attaques de missiles balistiques russes, a encore nuancé cette perspective.
M. Zelensky, qui lui a rendu visite à ce propos en début de semaine à la Maison Blanche, "aimerait avoir des Patriot et il aimerait avoir des (missiles) Tomahawk", a exposé Donald Trump lors d'un conseil des ministres ouvert à la presse vendredi.
"Ces armes sont incroyables. Nous devons faire très attention avant de laisser quelqu'un les produire", a-t-il mis en garde, assurant : "Nous n'avons pas donné notre accord. Nous en discutons".
Une employée nettoie une boutique de fleur, dont le sol est recouvert de débris, à la suite d'une frappe de missile russe le 1er août 2026 à Kiev ( AFP / Genya Savilov )
Le républicain avait déclaré jeudi au Financial Times n'être "pas sûr" d'accorder son feu vert à Kiev pour la production de ces intercepteurs. Et même en cas d'accord, il n'est pas clair si l'Ukraine dispose des capacités à produire ces coûteux missiles à court terme.
De son côté, l'Ukraine multiplie les frappes contre des sites civils en Russie et en territoire occupé, visant notamment ces dernières semaines des raffineries et dépôts de carburant, des entrepôts du géant du e-commerce Wildberries et des navires cargo en mer.
Samedi, un navire de l'agence russe de l'énergie atomique, Rosatom, a été coulé en mer Noire par deux drones ukrainiens sans faire de victimes. Selon la société, il transportait "des marchandises civiles".
L'Ukraine a confirmé avoir frappé ce navire.

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